10 juillet 2008
Liège à Macondo
L’Université de Liège est brièvement mentionnée dans le splendide roman de Gabriel Garcia Marquez Cent ans de solitude (Cien años de soledad) :
Plus tard, estimant qu’Amaranta Ursula ne poursuivait ses réformes que pour ne pas s’avouer vaincue, il [son mari Gaston] se décida à monter son magnifique vélocipède dont la roue antérieure était beaucoup plus grande que celle de derrière, et se consacra à la chasse et à la dissection de tous les insectes aborigènes qu’il trouvait dans les parages et qu’il expédiait dans des bocaux à marmelade à son ancien professeur d’histoire naturelle, à l’université de Liège où il avait fait des études poussées d’entomologie bien que sa vocation dominante fût l’aéronautique.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, traduit de l’espagnol par Claude et Carmen Durand, Paris, Seuil, coll. « Points », 1968, p. 399.
20 juin 2008
Le plus séduisant des antihéros
Le docteur House est infirme : il marche en s’aidant d’une canne.
Le docteur House est toxicomane : il est accro à la Vicodine, un analgésique.
Le docteur House est misanthrope : il n’aime pas ses patients, qui – c’est bien connu – ne font que mentir, il vit seul et n’a pour ainsi dire pas d’amis.
Le docteur House est misogyne : il passe son temps à mater le cul et les seins des femmes et ne couche qu’avec des prostituées.
Le docteur House est politiquement incorrect : il appelle un chat un chat, un Noir un Noir (pourquoi parler d’Afro-américain ?) et la masturbation la masturbation.
Le docteur House est laid : il a le visage émacié, les yeux globuleux, des poches sous les yeux, le pli de la lèvre supérieure très prononcé et un goût de chiottes pour s’habiller.
Le docteur House est fou : il prend des décisions médicales complètement saugrenues et met sans cesse la vie de ses patients en danger.
Résultat : le docteur House est irrésistible.
Toutes les filles sont folles de lui – que ce soit dans la série ou dans la réalité. Car le docteur House est doté d’un charisme, d’un sex-appeal tout à fait renversant. Cet homme respire le sexe.
(Image : Le docteur Gregory House, personnage de la série Dr House (House M.D en anglais) interprété par Hugh Laurie sur : http://www.hughlaurie.de/wp-content/uploads/2007/11/house-md-promo-season-4_01.jpg)
19 juin 2008
Les plus longues jambes d'Hollywood...
Cyd Charisse nous a quittés il y a deux jours. Mais qui est-elle ? Qui se souvient d’elle ?
De son vrai nom Tulla Ellice Finklea, Cyd Charisse était actrice et surtout danseuse. Elle avait la réputation d’avoir les plus longues jambes d’Hollywood et savait les mettre en valeur. Remarquable danseuse classique, elle excellait aussi dans la comédie musicale et la danse moderne.
Il paraît qu’elle a joué dans Chantons sous la pluie avec Gene Kelly. Moi, je l’ai vue dans Tous en scène (The Band Wagon), un film de Vincente Minnelli avec Fred Astaire, une sympathique comédie musicale selon le principe du théâtre dans le théâtre. Fred Astaire, acteur sur le retour, se voit proposer de jouer dans une comédie musicale mise en scène par le nouveau régisseur à la mode. Mais cet intellectuel (le metteur en scène, pas Fred Astaire) veut tellement faire de sa pièce une œuvre géniale qu’il la flingue complètement. Les acteurs font sécession, reprennent leur idée originale, beaucoup plus modeste, et font de The Band Wagon un triomphe.
Cyd Charisse incarne Gabrielle Gerard, la partenaire de Fred Astaire – qu’il n’apprécie pas car elle est plus grande que lui. Mais, évidemment, leur inimitié initiale est toute relative… Le morceau final, Girl Hunt Ballet, sorte de film noir dansé, permet de constater toute l’étendue du talent de Cyd Charisse comme danseuse et comme séductrice.
(Image : The Band Wagon (1953) de Vincente Minnelli sur: http://www.theaspectratio.net/bandwagon1.jpg)
07 juin 2008
Échec and the city
Pourquoi parle-t-on autant des quatre-vingts tenues portées par Sarah Jessica Parker, alias Carrie Bradshaw, dans le film Sex and the city, tiré de la série éponyme ? Réponse : parce qu’il n’y a rien d’autre à en dire – rien de positif, en tout cas ! Où sont donc passés la verve, l’insolence, l’audace et le politiquement incorrect de cette série culte ? D’accord, en changeant de format, la série changeait aussi de public et le grand écran se prête sans doute moins bien à des conversations effrénées sur le sexe qu’une chaîne câblée. Mais de là à sombrer dans la comédie romantique insipide sans queue ni tête, sans intérêt et sans goût…
« On prend les mêmes et on recommence », tel pourrait être le leitmotiv de ce film. Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte sont là ; Mr Big, Steve, Smith et Harry aussi, mais le cœur n’y est plus. Carrie n’écrit plus sa rubrique joyeusement subversive ; Miranda n’est plus cynique ; Samantha n’est plus la grande prédatrice sexuelle (en plus, elle vit à L.A. : quelle déchéance !) ; et Charlotte… Seule Charlotte n’a pas changé.
Du sexe, il n’y en a plus : Carrie se retrouve seule ; Miranda est trop occupée pour coucher ; Samantha s’est assagie et Charlotte interdit qu’on parle de sexe devant sa fille. Quant à la city, ce n’est plus le Manhattan des bars et restaurants branchés, des immeubles de briques du Village et les petits squares conviviaux où la chienne de Charlotte se faisait prendre de tous les côtés. De l’effervescence new-yorkaise, il ne reste que des clichés.
Bref, Sex and the city est la triste preuve qu’une oeuvre géniale peut se devenir médiocre simplement en passant du petit au grand écran. Lorsque le sensuel se fait consensuel, autant se louer l’intégrale de la série en DVD.
(Image: Kim Cattral (Samantha), Cynthia Nixon (Miranda), Sarah Jessica Parker (Carrie) et Kristin Davis (Charlotte) sur: http://www.rtsr.ch/rtsr/upload/Image/dossiers/series/SexCity_The%20Cast1.gif)
30 mai 2008
Les mystères de l'intertextualité
Hier soir, je lisais Neiges artificielles, un roman de Florian Zeller, lorsqu’une phrase frappe mon attention : « J’ai écarté son petit haut pour pouvoir voir ses seins. Ils avaient la forme de deux faons, jumeaux d’une gazelle. » Je m’arrête ; j’ai déjà lu cette phrase, et pas plus tard que cette semaine. Or, c’est la première fois que je lis ce roman. Qu’ai-je donc lu cette semaine qui puisse avoir un rapport avec Florian Zeller et ses seins en forme de faons, jumeaux d’une gazelle ? Le Nom de la Rose. J’ai terminé le roman d’Umberto Eco il y a deux jours. Maintenant, je sais ce qui m’y a fait penser. Adso, le moine novice et narrateur de l’histoire, utilise la même métaphore pour comparer les seins de la jeune paysanne avec laquelle il oublie durant une nuit son vœu de chasteté : « (…) ses seins m’apparurent comme deux faons, jumeaux d’une gazelle, qui paissaient parmi les lis »
Une telle similitude ne peut être fortuite. Je réfléchis encore et me souviens avoir lu dans l’ « Apostille » du Nom de la rose qu’Umberto Eco s’était notamment inspiré du Cantique des Cantiques pour écrire sa scène d’amour. Je ressors la vieille Bible que j’avais dû acheter en 1ère secondaire et parcours Le Cantique des Cantiques à la recherche de faons et de gazelle. Et je trouve dans le cinquième poème :
« Tes deux seins, deux faons,
Jumeaux d’une gazelle,
Qui paissent parmi les lis. »
Reste à savoir si Florian Zeller a trouvé son inspiration dans Umberto Eco ou dans la Bible.
(Image: Florian Zeller sur: http://images.newstatesman.com/articles/2006/947/947_p59.jpg)
17 mai 2008
La frustration du spectateur
Hier soir, c’était mon spectacle de danse, ou plutôt le spectacle de mon école de danse car, une fois n’est pas coutume, je n’ai pas dansé. C’était un choix personnel, personnel et difficile. Étant donné mon séjour Erasmus, j’avais manqué énormément de cours et de répétitions (en vérité, je ne connaissais que les fins de chorégraphies, apprises à mon retour) et je ne pouvais rattraper mon retard qu’en apprenant à toute vitesse et de manière bâclée les chorégraphies et en accumulant le stress parce que je sais que je ne serai jamais au point. Or, la danse doit rester un plaisir et danser dans de telles conditions aurait transformé ma passion en fardeau. Être dégoûtée de la danse ? Plutôt mourir qu’en arriver là ! Mieux vaut ne pas danser et se réserver pour l’année prochaine.
Au moins, j’ai l’immense plaisir de voir le spectacle, de voir ce que donnaient nos danses et notre groupe, de voir si les chorés de Toto sont aussi géniales qu’elles en ont l’air lorsque nous répétons le jeudi soir dans notre – trop – petit studio, mortes de fatigue, lassées de ne pas parvenir au résultat escompté mais néanmoins stupidement béates de danser. Eh bien ! La réponse est non : les chorés de Toto ne sont pas aussi géniales qu’elles en ont l’air, elles sont mieux que cela, elles sont prodigieuses. Un côté un peu mystique dû aux éclairages et manches longues soulignant les mouvements. Ces paires de jambes qui semblent privées de corps et qui dessinent des formes étranges. Cette énergie aussi joyeuse que survoltée qui se dégage lors du final. Pourquoi n’ai-je pas pu être de la partie ?
(Image: Comme je n'ai aucune image de mon groupe de danse, je l'ai remplacé par celui du plus grand chorégraphe de tous les temps: Maurice Béjart: http://provencauxcelebres.zapto.org/bejart/Images/bejart3.png)
15 mai 2008
Lettre d'une inconnue
Quoique me qualifiant de « jeune romaniste », je n’avais posté de texte en rapport avec la littérature. Voici chose faite. Pourtant, j’ai choisi un texte non français pour inaugurer cette catégorie puisqu’il s’agit d’une nouvelle de l’écrivain autrichien Stefan Zweig : Brief einer Unbekannten. Pouvoir lire cette nouvelle dans le texte original serait une motivation en soi pour me remettre sérieusement à l’allemand.
Il s’agit de la confession qu’une jeune femme, venant de perdre son fils et résolue à mettre fin à ses jours, envoie à un célèbre écrivain viennois. Dans cette lettre, elle lui avoue son amour. Elle n’a jamais cessé de l’aimer depuis le jour où, alors qu’elle n’était encore qu’une gamine, il a emménagé dans l’appartement voisin. Elle l’a toujours aimé même s’il ne l’a jamais reconnue. Il l'a parfois remarquée, son corps élancé, son joli minois ; mais jamais il ne l’a « vue ». Et, malgré l’intimité partagée, elle n’a été et ne sera jamais qu’une inconnue pour lui….
Le passage le plus poignant est sans doute celui-ci : Un soir, dans un dancing, en compagnie de son amant, la jeune femme Le rencontre. Elle se rend compte qu’il n’arrête pas de la fixer, qu’il la désire. Il lui fait un signe. Elle abandonne son amant et elle Le suit. Après une nuit d’amour – où il ne la reconnaît pas, Il glisse quelques billets dans son manchon tandis qu’il croit qu’elle ne regarde pas. Humiliée, elle se précipite hors de l’appartement. C’est alors qu’elle croise le vieux domestique de l’écrivain. Ils échangent un seul regard et lui, il la reconnaît…
L’amour absolu, c’est cela : une nouvelle rythmée par ces mots : « Mon enfant est mort… »
Image: Dante Gabriel Rossetti, Portrait de Veronica Veronese sur: http://www.humanitiesweb.org/gallery/42/3.jpg)
11 mai 2008
Les grincheux voient la vie en rose.
Il n’y a pas que les Grignoux (« grincheux » en français) qui voient la vie en rose : tous les Liégeois amateurs de cinéma aussi depuis vendredi. C’était en effet l’inauguration du cinéma Sauvenière, le petit frère du Parc et du Churchill, bébé pesant quatre salles et huit cents places, toutes colorées.
L’inauguration ressemblait à une inauguration, c’est-à-dire beaucoup d’hommes politiques (liégeois, mais aussi régionaux et communautaires) tenant des discours longs et creux (comme la plupart des discours politiques) et faisant davantage leur publicité que se souciant du bien-être du nouveau-né. Heureusement, il y avait aussi quelques personnalités du cinéma belge et même liégeois – car oui, il y a un cinéma belge, pas très connu du grand public mais incontournable pour les cinéphiles puisqu’il chope régulièrement des palmes d’or et des prix d’interprétation à Cannes : les frères Dardenne, Olivier Gourmet ou encore Bouli Lanners. Sans compter Pierre Kroll, notre caricaturiste préféré. Mais les plus importants, évidemment, c’étaient les gens des Grignoux grâce auxquels je découvre le monde merveilleux du cinéma depuis près de vingt ans. Et ils ont amplement mérité l’ovation qui leur a été faite – à côté des maigres applaudissements réservés aux politiciens.
Ce qui est dommage, c’est qu’on oppose aussi facilement le cinéma d’auteurs – réputé intello et ennuyeux – et le cinéma commercial – divertissant. Car il ne faut pas se leurrer : si je fréquente les Grignoux depuis autant de temps, c’est parce que je m’y amuse énormément. S’il fallait le faire uniquement pour redorer un blason pseudo intellectuel, j’aurais laissé tomber depuis des lustres !
Bref, l’ambiance était moins guindée que je l’avais imaginé. Et puis, voir des vedettes du cinéma, un éléphant – pas rose malheureusement (quoique, vu mon état…) – et s’empiffrer de chocolat Galler à l’œil, ça valait vraiment le coup ! Vivement les prochaines sorties cinéma !
(Image: le nouveau cinéma Sauvenière depuis la place Xavier-Neujean sur: http://www.grignoux.be/Sauveniere/images/Sauveniere5.jpg)
09 mai 2008
Faire intelligent
Pourquoi veut-on absolument faire intelligent ? L’intelligence est une chose complexe, impossible à définir. Mais il est certain que c’est une essence et non une posture. Pour arriver où nous en sommes à l’université, il fallait être un tantinet intelligent et cultivé. C’est un fait acquis. Alors quel besoin d’exhiber démesurément cette intelligence au point que c’en devienne suspect ?
(image: Fantin-Latour, Un coin de table (détail: Rimbaud et Verlaine))
15 avril 2008
Shooting dogs
Ce n’est pas parce que l’Erasmus est terminé que mon blog doit suivre cette voie.
Hier soir, Arte a diffusé un film assez incroyable, portant sur le génocide au Rwanda : Shooting dogs. Et, chose trop rare ces derniers temps, elle l’a passé en V.O (c’est-à-dire principalement anglais, mais aussi langue locale et français).
L’histoire se passe en 1994, à l’école technique officielle (en français dans le texte) dirigée par le père Christopher (John Hurt, que j’ai trouvé fort vieilli – était-ce volontaire ou non ?), missionnaire catholique depuis trente ans au Rwanda, qui est secondé par Joe (une plaisante découverte : Hugh Dancy), un jeune professeur idéaliste. Les jours semblent paisibles sous le soleil africain – enfin, pas si paisibles que ça : l’installation de Casques bleus belges au sein de l’école est là pour rappeler que les temps sont troublés – : Joe joue les commentateurs sportifs pour amuser ses élèves, tente tant bien que mal de leur expliquer le principe de la transsubstantiation, teste la bière à la banane du père de François et charme sans bien s’en rendre compte la jolie Marie.
Mais les événements se précipitent de manière dramatique. Un coup d’État ; le président assassiné ; la communauté tutsi se fait massacrer à coups de machettes. En quelques mois, près d’un million de Tutsis perdent de la vie. Mais l’ONU n’intervient pas ; les Casques bleus ne peuvent intervenir que si ce massacre est reconnu comme un génocide. Or la communauté internationale s’y refuse… Environ deux mille personnes, principalement des Tutsis, trouvent refuge dans l’enceinte de l’école. Les soldats de l’ONU font grise mine mais ils ne peuvent pas les repousser et protègent les personnes à l’intérieur de l’école. Quant aux autres, ils sont abandonnés à leur triste sort. Se croyant protégés par leur peau blanche et leur statut de prêtre et d’instituteur, Joe et le père Christopher tentent de sortir de l’école (pour faire venir les envoyés de la BBC ou acheter des médicaments) mais ils découvrent toute l’ampleur des atrocités commises par les Hutus. Joe, par exemple, arrêté par un barrage hutu en compagnie des reporters anglais, n’en réchappe que parce que son ami François l’a reconnu. Mais François a les mains et la machette couvertes de sang…
Le salut semble un moment incarné en la personne des Français qui arrivent en renfort. Mais ces légionnaires se montrent encore plus décevants que les Belges. Oui, ils sont là afin de faire évacuer le camp, mais seulement pour les ressortissants européens. « On a de la chance, dit la journaliste anglaise. Au début, ils ne prenaient que les Français. » Plus de deux mille personnes et ils ne veulent en sauver qu’une quarantaine. Seuls le père Christopher et Joe refusent de s’en aller. Pourtant, ils y seront forcés ; les Casques bleus belges reçoivent l’ordre d’évacuer. Ce qui signifie abandonner les deux mille Tutsis à la folie meurtrière des Hutus. Le père de Marie demande même au capitaine de les tuer avant de partir, rapidement et sans souffrances ; évidemment, il ne peut s’y résoudre. Joe s’en va mais le père Christopher reste. Dans un dernier sursaut, il prend son vieux fourgon et cache les enfants sous une bâche. Malheureusement, il se fait abattre à un barrage. Seule la jolie et rapide Marie parvient à s’enfuir.
Cinq ans plus tard, dans une scène qui peut sembler inutile mais qui permet d’apporter un peu d’espoir, un taxi s’arrête devant un splendide collège anglais (une sorte de Poudlard mais sans la magie) et Marie en descend. Elle retrouve Joe et lui dit que si elle a survécu, c'est parce que, tandis qu'elle prenait la fuite, elle entendait sa voix qui l'encourageait, comme au temps où il faisait le commentateur sportif...
Image: http://olivier.quenechdu.free.fr/spip/IMG/jpg/ShootingDogs_fr.jpg
